Tadrij IATadrij IA
Analyse

Tout le monde a un plan IA, presque personne ne prouve le gain

Par Hamza Bendouro · 6 octobre 2026 · Lecture : 8 min

Fin septembre, le fonds américain a16z (Andreessen Horowitz) a publié son état des marchés : 90 pages de graphiques sur la tech et l'IA. Je l'ai lu en entier. Le rapport raconte une croissance hors norme. Mais un de ses graphiques dit autre chose : dans les 500 plus grandes entreprises américaines, presque toutes ont un plan IA, et aucune ne publie un gain isolé et suivi dans le temps. C'est ce graphique qui m'intéresse, parce qu'il concerne chaque dirigeant, ici aussi.

1Ce que dit le rapport, en bref

La thèse d'a16z tient en une phrase : la tech n'est plus un secteur, c'est elle qui fait le cycle de toute l'économie. Quelques chiffres du rapport [1] :

Pour a16z, ce n'est pas une bulle : les bénéfices montent plus vite que les cours. Je reviens plus bas sur cet argument. Mais le rapport contient aussi des chiffres sur l'usage réel de l'IA, et ce sont eux qui parlent à un dirigeant.

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274 % ont un plan, 0 % prouvent le gain

Le graphique vient du gestionnaire d'actifs Apollo, repris par a16z [1]. Il classe les entreprises du S&P 500 selon ce qu'elles disent publiquement de l'IA, du simple objectif jusqu'au gain mesuré.

Lisons-le de haut en bas. Trois entreprises sur quatre ont un plan. Sept sur dix utilisent déjà l'IA et en comptent les utilisateurs. Trois sur dix avancent un chiffre de résultat. Mais quand on demande un indicateur suivi trimestre après trimestre, il n'en reste que 2 %. Et un gain isolé, distingué de tout le reste et suivi dans la durée : aucune.

a16z le résume lui-même : l'adoption est « large, mais encore peu profonde ». On a installé l'outil. On n'a pas encore appris à prouver ce qu'il rapporte.

Ce n'est pas forcément que l'IA ne rapporte rien. Une autre étude citée dans le rapport (Morgan Stanley) montre que la part d'entreprises du S&P 500 qui avancent un effet chiffré de l'IA est passée d'environ 4 % début 2023 à près de 30 % mi-2026. C'est que mesurer un gain proprement est difficile : il faut un point de départ, un indicateur stable, et la patience de le suivre.

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3Une petite minorité tire tout

Le deuxième enseignement du rapport : la moyenne cache un écart énorme [1].

Autrement dit, la croissance ne vient pas de tout le monde. Elle vient d'une minorité qui a dépassé le stade de « l'abonnement pour chacun » et qui a intégré l'IA dans ses processus.

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4Le frein n'est pas le prix

On entend souvent que l'IA coûte cher. Les chiffres repris par a16z disent l'inverse [1] :

Si le prix n'est pas le frein, le frein est ailleurs : savoir où appliquer l'IA, former les équipes, et mesurer le résultat.

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5Côté ménages : 2 % paient eux-mêmes

Le rapport cite un chiffre qui circule beaucoup : environ 2 % des foyers américains paient un abonnement IA. Il est exact, mais il faut savoir ce qu'il mesure.

SourceChiffreCe qui est mesuré
PNC, banque américaine, repris par a16z2,2 % (avril 2026)Paiements par carte de ses clients
Bank of America Instituteenviron 3 % (mars 2026)Paiements par carte de ses clients
Stanford, cité par Magica25,5 % des utilisateursAccès payant déclaré, y compris payé par l'employeur

Le 2 % ne compte que les foyers qui paient eux-mêmes, avec leur carte. Il exclut la version gratuite, les abonnements payés par l'employeur ou l'école, les comptes partagés et l'IA incluse dans un autre service [3]. Ce n'est pas « 2 % utilisent l'IA ».

Le chiffre a plus que doublé en un an, et les abonnés paient en moyenne 31 $ par mois. Mais il reste loin du streaming : plus de 40 % des foyers du même panel paient un service de vidéo [3].

Pour l'instant, l'argent de l'IA vient donc surtout des entreprises. Ce qui ramène à la question précédente : si les entreprises paient, elles devront tôt ou tard montrer ce que ça leur rapporte.

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6Ce que j'en retiens pour un dirigeant

Si les 500 plus grandes entreprises américaines, avec leurs moyens, n'arrivent pas encore à prouver le gain, une PME n'a aucune raison de culpabiliser. Mais elle a une carte à jouer : elle est plus petite, donc plus facile à mesurer. Voici ce que j'en tire.

Exemple : une entreprise de BTP

Le chef de chantier envoie chaque jour ses remontées par messagerie : avancement, besoins, incidents. Avant de brancher une IA qui les trie et les résume, on compte le temps passé chaque semaine à relire, recouper et relancer.

On met l'IA en place sur ce seul flux. Un mois plus tard, on recompte le même temps, de la même façon. Si l'écart est là et qu'il tient, on a une preuve. Sinon, on ajuste ou on arrête, sans avoir tout changé.

C'est l'idée de Tadrij IA : avancer pas à pas, et vérifier chaque marche avant de monter la suivante.

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7À lire avec recul

Ce rapport est riche et bien sourcé. Il faut pourtant le lire en sachant qui parle.

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8Sources

  1. a16z (Andreessen Horowitz), David George, State of Markets II, 30 septembre 2026, et la présentation complète en PDF (90 diapositives). Chiffres repris : diapositives 7, 15, 17, 18, 19, 20, 23, 27, 29, 33, 35, 44, 55, 79, 84. Les sources d'origine (Apollo, Morgan Stanley, Ramp, OpenAI, McKinsey, BNP Paribas, Indeed, TrendForce, PNC) sont citées sur chaque diapositive.
  2. Bank of America Institute, Not quite mAInstream: A consumer AI profile, mars 2026 : environ 3 % des foyers clients paient un service d'IA.
  3. Magica, Household-Paid AI Is Still Near 2% in PNC Data, but Access Is Broader : ce que mesure et exclut le chiffre de PNC, comparaison avec le streaming, enquête de Stanford.
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